Angélique Dauvilliers

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Fenêtres angéliques

lundi 30 juin 2014, par Angélique Dauvilliers

Commencement : prendre une part du monde et y mélanger
et adjoindre une part de soi pour peindre une toile. Et
tisser minutieusement sa toile comme une image qu’on
étreint au bout du pinceau et que l’on veut offrir, modeler,
ciseler. C’est un travail arachnéen où l’on veut d’abord se
saisir de soi à travers les pigments et se projeter. C’est une
métamorphose sur l’espace de la toile, avec ses variations
sensibles, dans les saisons du coeur et de l’être, de la raison
à la déraison. Tisser sa toile dans la transparence de l’espace
à investir. Et dire ce que l’on est, ce que l’on interroge,
ce que l’on donne, dans les visions fugaces que prête l’inspiration,
entre l’intime et l’universel que l’artiste s’efforce
de capter.

Fenêtres : Présenter une toile dans son achèvement, c’est
proposer au spectateur une métamorphose du monde à laquelle
il a toute liberté d’adhérer ou non. C’est la proposition
de tout artiste. C’est la liberté précieuse de celui qui regarde
à travers l’ouverture de la toile, en détourne les yeux
ou y plonge son imaginaire qui interroge celui du peintre.
Chaque toile peinte est une fenêtre ouverte. Chaque toile
d’Angélique offre cette intensité créative entre la transparence
et l’opacité de ce qu’elle a tissé à l’intérieur du cadre
de bois ou sur la surface entoilée. Alors, au-delà de celui qui
voit et passe, il y a ce spectateur qui prend le temps de percevoir,
celui qui observe et guette cette nouvelle fenêtre qui
lui est proposée et qu’il va décider d’ouvrir pour le passage
vers l’autre, ce passage voulu et attendu du peintre. Il n’y a
pas de neutralité dans l’action artistique : il y a réalisation.
Ce simple projet de tendre la toile, d’en préparer la surface
et d’y accrocher couleurs, formes, assemblages, profondeur,
textures, c’est le premier pas du peintre ; y tracer en même
temps sa vision, imprégnée de la gamme sensible qui motive
le mouvement du pinceau, tout ce qui résonne du coeur
et de l’esprit parfois en lutte dans les images qui s’inscrivent,
c’est la suite du chemin. C’est ainsi que les fenêtres
d’Angélique sont un parcours à travers les espaces peints et
le temps. C’est pourquoi j’évoquerai en quelques lignes ce
chemin, ce sillage de couleurs dans le défilé des toiles au fil
des années.

Achèvement : Ce qui fascine, chez l’artiste, c’est sa vocation
d’inachèvement. S’il arrivait à un artiste de montrer totale satisfaction
et empathie avec son oeuvre, si un poète avait ciselé
le vers parfait qui répondait à la quête intime de langage qui atteindrait
ainsi son Graal d’écriture, si un sculpteur avait atteint
les proportions parfaites qu’il cherchait depuis la première fois
où il a modelé, si un peintre avait le sentiment d’avoir le parfait
assemblage de couleurs et la parfaite adéquation de l’art qu’il
revendique, suspendraient-ils leurs plumes, leurs pinceaux ou
leurs ciseaux. Non, nous savons tous que c’est impossible, que
cela ne peut pas être, que l’interrogation sur le monde pèsera
toujours sur celui qui crée, que la quête se prolonge toujours
dans les fibres de ce qui constitue son intimité jusqu’à son
dernier battement. Du moins, c’est l’intégrité que j’attribue au
travail d’Angélique.

Jean-Louis Lozac’hmeur