Angélique Dauvilliers

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2014

Sans corps Sans durée Sans temps

Huile sur toile. 50 F ( 116x89 cm)

Le mur : Empreintes urbaines de vies humaines

Commencement : prendre une part du monde et y mélanger et adjoindre une part de soi pour peindre une toile. Et tisser minutieusement sa toile comme une image qu’on étreint au bout du pinceau et que l’on veut offrir, modeler, ciseler. C’est un travail arachnéen où l’on veut d’abord se saisir de soi à travers les pigments et se projeter. C’est une métamorphose sur l’espace de la toile, avec ses variations sensibles, dans les saisons du coeur et de l’être, de la raison à la déraison. Tisser sa toile dans la transparence de l’espace à investir. Et dire ce que l’on est, ce que l’on interroge, ce que l’on donne, dans les visions fugaces que prête l’inspiration, entre l’intime et l’universel que l’artiste s’efforce de capter.
Fenêtres : Présenter une toile dans son achèvement, c’est proposer au spectateur une métamorphose du monde à laquelle il a toute liberté d’adhérer ou non. C’est la proposition de tout artiste. C’est la liberté précieuse de celui qui regarde à travers l’ouverture de la toile, en détourne les yeux ou y plonge son imaginaire qui interroge celui du peintre. Chaque toile peinte est une fenêtre ouverte. Chaque toile d’Angélique offre cette intensité créative entre la transparence et l’opacité de ce qu’elle a tissé à l’intérieur du cadre de bois ou sur la surface entoilée. Alors, au-delà de celui qui voit et passe, il y a ce spectateur qui prend le temps de percevoir, celui qui observe et guette cette nouvelle fenêtre qui lui est proposée et qu’il va décider d’ouvrir pour le passage vers l’autre, ce passage voulu et attendu du peintre. Il n’y a pas de neutralité dans l’action artistique : il y a réalisation. Ce simple projet de tendre la toile, d’en préparer la surface et d’y accrocher couleurs, formes, assemblages, profondeur, textures, c’est le premier pas du peintre ; y tracer en même temps sa vision, imprégnée de la gamme sensible qui motive le mouvement du pinceau, tout ce qui résonne du coeur et de l’esprit parfois en lutte dans les images qui s’inscrivent, c’est la suite du chemin. C’est ainsi que les fenêtres d’Angélique sont un parcours à travers les espaces peints et le temps. (…)
Achèvement : Ce qui fascine, chez l’artiste, c’est sa vocation d’inachèvement. S’il arrivait à un artiste de montrer totale satisfaction et empathie avec son oeuvre, si un poète avait ciselé le vers parfait qui répondait à la quête intime de langage qui atteindrait ainsi son Graal d’écriture, si un sculpteur avait atteint les proportions parfaites qu’il cherchait depuis la première fois où il a modelé, si un peintre avait le sentiment d’avoir le parfait assemblage de couleurs et la parfaite adéquation de l’art qu’il revendique, suspendraient-ils leurs plumes, leurs pinceaux ou leurs ciseaux. Non, nous savons tous que c’est impossible, que cela ne peut pas être, que l’interrogation sur le monde pèsera toujours sur celui qui crée, que la quête se prolonge toujours dans les fibres de ce qui constitue son intimité jusqu’à son dernier battement. Du moins, c’est l’intégrité que j’attribue au travail d’Angélique.

Jean-Louis Lozac’hmeur.

Voir en ligne : Jean Louis Lozac’hmeur "Moi, le Minotaure,végétarien"

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